Les réveils
1. Je suis éveillée depuis longtemps, parce que j'ai froid. J'ai encore les cheveux mouillés de notre douche, je n'ai pas eu l'occasion de les sécher. Je me retourne vers son dos, mais ne me colle pas contre lui. Je reste à une vingtaine de centimètres de sa peau et pourtant je sens tout de même la chaleur qui émane de son corps. J'en profite, car je sais qu'il se lèvera bientôt, travail oblige. En effet quelques minutes plus tard, il m'enjambe et saute hors du lit, tire les rideaux pour que je ne sois pas gênée par la lumière du soleil. Je sais que mes cheveux sont en bataille et que l'eau a fait couler mon maquillage : j'ose à peine imaginer quel visage je lui présente, même s'il prétend que je suis un très mignon petit panda. Il m'embrasse sur le front, je ne l'accompagne pas sur le pas de la porte, j'ai bien trop froid.
2. Il se met debout bien avant moi, ce qui me laisse plus de place pour m'étaler dans le lit étroit dans lequel nous avons dormi. Il ne me regarde pas, je fais semblant d'être assoupie. Je n'ai pas envie que cette nouvelle journée débute, je ne sais pas quoi lui dire, ni comment il réagira. Il faut bien sortir de sous la couette pourtant. Je refuse de manger alors que j'ai faim et que le trajet pour rentrer chez moi est assez long pour me faire regretter cette décision. On quitte le petit appartement, il marche un peu devant moi. J'ai la tête baissée et regarde le sol. Nous nous quittons sur quelques mots maladroits, embarrassés de nous être laissés aller. J'espère faiblement, très faiblement qu'il fera un geste, me dira quelque chose de rassurant, mais il me tourne le dos et court pour ne pas rater le métro.
3. Nous n'avons pas dormi dans la même chambre, j'ai été reléguée avec sa s½ur parce que c'est plus convenable. Le matin venu, myope et sans lunettes je n'ai aucun moyen de savoir l'heure qu'il est. Je fixe la lucarne et le ciel bleu – comme ses yeux. J'attends, le temps semble s'être ralenti, si bien que je quitte la chambre sur la pointe des pieds pour aller l'embrasser. Je l'éveille, et il se moque de moi : la marmotte que je suis habituellement est sortie du lit à 8h30. Bienheureuse myopie ; si j'avais su l'heure, je n'aurais sûrement pas osé venir le voir.
4. J'ouvre les yeux à une heure tout à fait déraisonnable pour un dimanche matin. J'en profite pour le regarder, je l'inspecte avec minutie, j'essaie de retenir la place d'un grain de beauté, la forme de ses oreilles, la courbure de son épaule. Lorsque j'ai terminé, il dort toujours profondément. Je m'éloigne le plus possible, je me colle contre le mur comme si ma vie en dépendait. Lorsqu'il émerge enfin du pays des songes il ne prononce pas une parole, il se contente de venir contre moi, qui suis déjà contre le mur et n'ai plus vraiment le choix. Il blottit sa tête dans mon cou, et soudainement l'écart qui existait entre nous disparaît. Il n'est plus qu'un garçon.
5. J'ai passé une nuit horrible. Mon cou me fait atrocement souffrir, je sais que c'est parce que je suis contrariée. Plusieurs fois je me lève et vais m'enfermer dans les toilettes. Je pleure, j'ai du mal à respirer, j'hésite à partir comme ça, à prendre mon sac et à l'abandonner en pleine nuit sans un mot d'explication. Malheureusement, ou heureusement, je manque de courage ou d'énergie et je retourne me glisser entre les draps. Je prie silencieusement pour qu'il s'éveille et voit que je pleure. C'est fini, tout est devenu malsain. Le matin venu je feins le sommeil, je lui tourne le dos. J'ai beau savoir que c'est ma dernière chance de lui parler, je la gâche lamentablement, par peur, par colère. Le moindre de ses gestes m'est insupportable et tous les sons semblent raisonner plus que d'ordinaire. Il finit par partir, claque la porte. L'appartement est vide, il ne reste plus que moi. Je reste plus longtemps qu'il ne faudrait, j'engloutis chaque détail de ce lieu que je ne reverrai pas, mais je ne sais pas pourquoi, je n'emporte pas le mot qu'il m'a laissé.
6. En plein rêve, mon portable se met à sonner : il faut se dépêcher la chambre d'hôtel doit être vide à midi. Je ne suis pas du tout reposée, je ne retrouve plus mon haut de pyjama. J'ai le vague sentiment que la situation est un peu bizarre et je me demande ce qui a bien pu me traverser la tête. Tout me revient en bloc : la rupture, l'infidélité, l'énorme vide qui s'est creusé dans ma vie. Un poids me retombe sur l'estomac, je souffre d'autant plus de la solitude que je ne suis pas seule. Je m'enferme dans la minuscule salle de bain de l'hôtel le plus glauque dans lequel je sois allée. Une douche me remettra un peu les idées en place. Assise dans la baignoire, je laisse l'eau chaude couler dans mon dos. J'ai peur que quelqu'un découvre ce que je viens de faire, même si d'un côté ça m'amuse. Chacun combat la tristesse comme il peut. Je m'habille rapidement, il faut que je sorte de la chambre la première parce que je suis mineure et qu'il ne veut pas qu'on nous voit ensemble : cela me confirme qu'en effet la plupart des hommes sont lâches, ceci dit je commence à avoir l'habitude.
7. Il doit être midi ou 13h, si je pouvais je laisserais les aiguilles faire le tour du cadran sans m'en préoccuper. Je suis toujours la première à me réveiller, je ne sais pas pourquoi. J'écoute sa respiration, je me dis que c'est étrange, car quand je respire je ne fais pas de bruit. Je me rapproche doucement, je pose ma tête sur un coin de son oreiller. La peur m'envahit : et si c'était la dernière fois ? Le sang circule plus vite dans mon corps, mon c½ur bat plus fort. Si je laisse autant de lumière rentrer dans ma chambre, c'est aussi pour pouvoir bien regarder quand je me réveille, bien le regarder lui et ne pas regretter d'avoir perdu ces moments là. Je préfère qu'il ne dorme pas trop longtemps pour m'empêcher de penser à ce genre de choses.
1. Je suis éveillée depuis longtemps, parce que j'ai froid. J'ai encore les cheveux mouillés de notre douche, je n'ai pas eu l'occasion de les sécher. Je me retourne vers son dos, mais ne me colle pas contre lui. Je reste à une vingtaine de centimètres de sa peau et pourtant je sens tout de même la chaleur qui émane de son corps. J'en profite, car je sais qu'il se lèvera bientôt, travail oblige. En effet quelques minutes plus tard, il m'enjambe et saute hors du lit, tire les rideaux pour que je ne sois pas gênée par la lumière du soleil. Je sais que mes cheveux sont en bataille et que l'eau a fait couler mon maquillage : j'ose à peine imaginer quel visage je lui présente, même s'il prétend que je suis un très mignon petit panda. Il m'embrasse sur le front, je ne l'accompagne pas sur le pas de la porte, j'ai bien trop froid.
2. Il se met debout bien avant moi, ce qui me laisse plus de place pour m'étaler dans le lit étroit dans lequel nous avons dormi. Il ne me regarde pas, je fais semblant d'être assoupie. Je n'ai pas envie que cette nouvelle journée débute, je ne sais pas quoi lui dire, ni comment il réagira. Il faut bien sortir de sous la couette pourtant. Je refuse de manger alors que j'ai faim et que le trajet pour rentrer chez moi est assez long pour me faire regretter cette décision. On quitte le petit appartement, il marche un peu devant moi. J'ai la tête baissée et regarde le sol. Nous nous quittons sur quelques mots maladroits, embarrassés de nous être laissés aller. J'espère faiblement, très faiblement qu'il fera un geste, me dira quelque chose de rassurant, mais il me tourne le dos et court pour ne pas rater le métro.
3. Nous n'avons pas dormi dans la même chambre, j'ai été reléguée avec sa s½ur parce que c'est plus convenable. Le matin venu, myope et sans lunettes je n'ai aucun moyen de savoir l'heure qu'il est. Je fixe la lucarne et le ciel bleu – comme ses yeux. J'attends, le temps semble s'être ralenti, si bien que je quitte la chambre sur la pointe des pieds pour aller l'embrasser. Je l'éveille, et il se moque de moi : la marmotte que je suis habituellement est sortie du lit à 8h30. Bienheureuse myopie ; si j'avais su l'heure, je n'aurais sûrement pas osé venir le voir.
4. J'ouvre les yeux à une heure tout à fait déraisonnable pour un dimanche matin. J'en profite pour le regarder, je l'inspecte avec minutie, j'essaie de retenir la place d'un grain de beauté, la forme de ses oreilles, la courbure de son épaule. Lorsque j'ai terminé, il dort toujours profondément. Je m'éloigne le plus possible, je me colle contre le mur comme si ma vie en dépendait. Lorsqu'il émerge enfin du pays des songes il ne prononce pas une parole, il se contente de venir contre moi, qui suis déjà contre le mur et n'ai plus vraiment le choix. Il blottit sa tête dans mon cou, et soudainement l'écart qui existait entre nous disparaît. Il n'est plus qu'un garçon.
5. J'ai passé une nuit horrible. Mon cou me fait atrocement souffrir, je sais que c'est parce que je suis contrariée. Plusieurs fois je me lève et vais m'enfermer dans les toilettes. Je pleure, j'ai du mal à respirer, j'hésite à partir comme ça, à prendre mon sac et à l'abandonner en pleine nuit sans un mot d'explication. Malheureusement, ou heureusement, je manque de courage ou d'énergie et je retourne me glisser entre les draps. Je prie silencieusement pour qu'il s'éveille et voit que je pleure. C'est fini, tout est devenu malsain. Le matin venu je feins le sommeil, je lui tourne le dos. J'ai beau savoir que c'est ma dernière chance de lui parler, je la gâche lamentablement, par peur, par colère. Le moindre de ses gestes m'est insupportable et tous les sons semblent raisonner plus que d'ordinaire. Il finit par partir, claque la porte. L'appartement est vide, il ne reste plus que moi. Je reste plus longtemps qu'il ne faudrait, j'engloutis chaque détail de ce lieu que je ne reverrai pas, mais je ne sais pas pourquoi, je n'emporte pas le mot qu'il m'a laissé.
6. En plein rêve, mon portable se met à sonner : il faut se dépêcher la chambre d'hôtel doit être vide à midi. Je ne suis pas du tout reposée, je ne retrouve plus mon haut de pyjama. J'ai le vague sentiment que la situation est un peu bizarre et je me demande ce qui a bien pu me traverser la tête. Tout me revient en bloc : la rupture, l'infidélité, l'énorme vide qui s'est creusé dans ma vie. Un poids me retombe sur l'estomac, je souffre d'autant plus de la solitude que je ne suis pas seule. Je m'enferme dans la minuscule salle de bain de l'hôtel le plus glauque dans lequel je sois allée. Une douche me remettra un peu les idées en place. Assise dans la baignoire, je laisse l'eau chaude couler dans mon dos. J'ai peur que quelqu'un découvre ce que je viens de faire, même si d'un côté ça m'amuse. Chacun combat la tristesse comme il peut. Je m'habille rapidement, il faut que je sorte de la chambre la première parce que je suis mineure et qu'il ne veut pas qu'on nous voit ensemble : cela me confirme qu'en effet la plupart des hommes sont lâches, ceci dit je commence à avoir l'habitude.
7. Il doit être midi ou 13h, si je pouvais je laisserais les aiguilles faire le tour du cadran sans m'en préoccuper. Je suis toujours la première à me réveiller, je ne sais pas pourquoi. J'écoute sa respiration, je me dis que c'est étrange, car quand je respire je ne fais pas de bruit. Je me rapproche doucement, je pose ma tête sur un coin de son oreiller. La peur m'envahit : et si c'était la dernière fois ? Le sang circule plus vite dans mon corps, mon c½ur bat plus fort. Si je laisse autant de lumière rentrer dans ma chambre, c'est aussi pour pouvoir bien regarder quand je me réveille, bien le regarder lui et ne pas regretter d'avoir perdu ces moments là. Je préfère qu'il ne dorme pas trop longtemps pour m'empêcher de penser à ce genre de choses.