Je me souviens de ma première nuit avec lui. Je devais avoir l'air d'un oisillon tombé du nid, bien loin de l'image de femme sûre d'elle que je voulais donner. Ma tête posée contre sa poitrine, nous étions restés comme ça pendant de longues minutes sans parler. Je ne savais pas quoi faire. Il devait se poser la même question car il me demanda : « Qu'est ce que tu es venue chercher ici ? ». Aucune réponse ne franchit mes lèvres qu'il finit par embrasser.
A cet instant précis je ne m'étais pas demandé « M'aime t-il ? Est-ce que je l'aime ? ». Je savais qu'il voulait m'aider, qu'il avait peur pour moi mais à présent j'ai le sentiment que ses bonnes intentions se sont évaporées au cours du temps pour laisser place à la simple attirance sexuelle. Lorsque que nous nous quittâmes après cette première nuit, j'eu un doute sur la partie du visage que j'étais sensée embrasser. J'avais déjà un peu d'expérience dans les relations sans lendemain, mais tout le monde agit différemment : il n'y a ni code ni règle. Lorsqu'il déposa un baiser sur ma joue je compris que le matin il n'était plus question de batifoler et qu'une fois hors du lit j'étais à nouveau une jeune fille mineure. J'étais à nouveau seule.
Ce n'était donc pas une rupture puisqu'après chaque nuit passée ensemble nous nous comportions comme deux amis, sans plus. Seul le fait qu'il n'osait plus me regarder dans les yeux le matin m'indiquait qu'il ne devait pas avoir la conscience tranquille. Tout le monde sait que lorsque deux personnes consentantes ont des rapports sexuels sans que leur relation n'aille plus loin, l'une des deux finit toujours par souffrir. Cependant j'avais ce don incroyable qui consistait à dissimuler ses sentiments. Il était hors de question que je pleure devant lui ou que je lui dise que j'espérais autre chose.
Les jours passaient, je continuais de me taire. J'avais toujours été comme ça et il faut dire que ça en arrangeait plus d'un. Plus je réfléchissais plus je savais que j'avais fait une erreur. C'est très mauvais de prendre des habitudes, c'est ce qui nous fait souffrir. Quand je pensais que jamais plus je ne m'endormirais couchée sur lui j'avais la gorge qui se serrait. Je connaissais par c½ur les motifs de sa couette, j'adorais m'asseoir dessus et le regarder vaquer à ses occupations. Je n'arrivais pas à croire que lorsqu'il me serrait contre lui il n'y avait pas autre chose que le sexe entre nous. Je n'aurais jamais dû revenir après la première fois. Je pouvais supporter l'idée que quelqu'un se serve de moi lorsque c'était réciproque et pour cela il ne fallait pas que cela dépassât une nuit. On se retrouve, on s'embrasse sans tourner autour du pot pendant des heures, on fait des choses qu'on ne ferait sûrement pas si on était en couple : ça, c'est inoffensif.
