Un vieux souvenir resurgit. Nous sommes au tephone. Je n'aime pas sa façon de me parler, je commence à douter de ce qu'il me dit. Alors je me lance, je lui avoue que je suis fatiguée, que s'il vient me voir, on passera un moment sympa mais que ça n'ira pas plus loin.
-« Tu crois vraiment que j'ai que ça à faire de venir te voir quand t'es fatiguée ? J'ai pas de temps à perdre pour ça. ». Le genre de phrase qui vous met une baffe dans la tête. Je sens les larmes me monter aux yeux, je ne sais pas quoi dire. Je sais pertinemment que je devrais raccrocher, l'insulter, rompre même. Mais je ne fais rien, je suis tétanisée parce que je ne veux pas que ça se passe comme ça. Il ne peut pas me laisser toute seule, parce que je ne veux pas devenir la fille célibataire qui ouvre les bras au premier venu.
-« D'accord. ». Je ne sais plus à quoi j'ai dis d'accord. Je dis tout le temps d'accord, je ne dis jamais non. Je n'ai plus envie d'entendre ce genre de phrase, celles qui vous laissent à genoux. « Je ne veux pas venir » ça veut dire que je ne vaux rien sinon ce que vaut n'importe quel corps de femme. J'ai oublié comment dire non, c'est un instinct de survie, un réflexe, qui me pousse à oublier ce que je veux vraiment.
Des tas de souvenirs ressurgissent. Des souvenirs où je tiens le rôle du corps féminin, facilement remplaçable par un autre après un coup de fil rapide et désagréable. Des souvenirs aussi où je n'avais pas besoin de dire non, autant ne pas venir du tout sinon. Je m'en mords les doigts. « Ne tombe pas amoureuse. » Non, ça ne risque pas, c'est juste que je ne sais pas dire non. Je me fiche des draps froissés, des nuits blanches, j'ai juste trop peur qu'on m'oublie une fois que je ne suis plus dans un lit.
Toutes les phrases qui m'ont un jour heurtée sont restées incrustées sous ma peau. Je ne suis bonne qu'à « ça », personne ne peut m'aimer. Je suis une parano qui incite les garçons à me mentir. Personne n'aime les filles depressives. J'ai trop couché à droite et à gauche pour savoir comment marche une relation normale. J'ai envie de dire, non, ce n'est pas vrai. J'ai envie de le dire, et pourtant, je continue de me taire.